Et ce sera la démocratie…

LE MARCHÉ XXVII

La lettre de motivation exigée par les entreprises, mais aussi par toutes sortes d’écoles, instituts, administrations ou associations, est l’un des rites les plus significatifs de la décivilisation occidentale. Cette pénible cérémonie constitue l’épreuve initiatique par laquelle le candidat renonce à sa subjectivité, c’est-à-dire à soi-même, et se présente humblement à ceux qui vont le recruter comme fondamentalement menteur. La lettre de motivation n’a qu’un but : tenir celui qui l’écrit en le contraignant à manifester publiquement sa soumission et à s’en sentir vaguement déshonoré. Le cinéma nous l’a assez appris, les grands truands et les petits voyous n’agissent pas autrement : les nouveaux venus dans le gang ou dans la bande, ils les mouillent dans un crime ou un vol de mobylette. Désormais universelle, cette pratique contribue efficacement à fabriquer des « personnalités rapportées ». En reconnaissant d’emblée que la réussite excuse, justifie, nécessite le mensonge, le candidat se livre tout entier aux intérêts du groupe qu’il sollicite, s’agenouille devant ses valeurs, autre nom de ses intérêts, et se déclare prêt à célébrer sans réticence son esprit de corps. Cette lettre, qui le tient quitte de lui-même, va être la mère de ses démissions ultérieures. Naturellement, toute passion inférieure tâchant de s’arrimer à une raison supérieure, les membres du groupe ne manqueront pas de mettre en avant les intentions les plus pures et le feront avec d’autant plus de conviction qu’ils éprouvent l’obscur besoin de conjurer l’amertume secrète que leur vaut leur propre sujétion. Quant au candidat, porté et assourdi par la satisfaction bruyante des siens, il se dit in petto qu’après tout personne n’échappe à la formalité et qu’il serait assez prétentieux d’être le seul à la contester. Si rien ne vient modifier les paramètres de son intelligence, il lui restera alors quelques décennies de platitude plus ou moins prospère pour se raconter que cette page d’écriture n’était qu’une ruse inévitable et que son vrai moi flotte bien au-dessus de ces contingences, en un mot pour contresigner et valider son irrémédiable défaite.
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Je venais d’apprendre mon succès au Brevet élémentaire, prudemment passé à la fin de la troisième. Seul dans la cour du patronage, l’abbé lisait son bréviaire sur un banc. Je lui ai sobrement annoncé la bonne nouvelle puis, avec une discrétion peut-être un peu calculée, me suis dirigé vers la chapelle où je suis resté quelques minutes. « Tu n’es pas un ingrat », m’a-t-il dit quand il m’a vu sortir. Ces mots m’ont laissé stupide. Je venais donc de régler mes comptes avec Dieu ? Lui rembourser ma dette, comme chez l’épicier ? Quel procédé misérable ! Quelle manière de traiter avec Dieu ! Fait-on la part du Créateur comme celle du lion, comme celle du diable ? J’avais un énorme besoin de croire : sans que j’ose vraiment me l’avouer, cette logique petite-bourgeoise m’en détournait. Toute ma vie, j’aurai cru en contre, contre une religion de greffiers, contre le bavardage trop savant ou trop exalté qui voulait en dissimuler la mesquinerie. Non, je n’étais pas venu remercier Dieu comme le président d’un jury céleste, comme un commerçant qui fait crédit, comme un flic compréhensif. J’avais besoin de contact, d’étreinte, de mystère chaud ; je ne voulais pas d’une religion qui fasse signer au cœur sa lettre de motivation. Dieu superior summo meo, dit saint Augustin, mais aussi interior intimo meo : plus haut que les altitudes que je suis capable d’imaginer, mais plus intérieur que ce que je peux ressentir d’intime. La foi, pour moi, c’est cette jonction-là. Comment elle se trouve ou se perd, qui la possède ou non, je n’en sais rien. Je la décèle parfois en moi à l’état de désir, ou plutôt de soupir. Rien de plus. Dans le domaine sexuel, l’intime de l’intime, le lamentable divorce du naturel et du surnaturel faisait des ravages. Faute, absolution ; faute, absolution : le logiciel de l’enfer. Dieu applique le règlement et ne veut rien savoir d’autre. Mourir, c’est solder son compte.
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Était-ce dans Quick et Flupke ? Sur la première image, un petit garçon ravi joue au train électrique avec son père. Sur l’image suivante, il sort de sa chambre en pleurant et se précipite dans les bras de sa mère : « Papa veut toujours faire dérailler la loco ! » Un intellectuel, ce papa-là ; les apocalypses l’excitent.
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En vieillissant, on apprend à tirer ses peurs de la malle et à les apprivoiser les unes après les autres. Attention, toutefois ! Le fond de la malle peut réserver des surprises. Et voilà ! Une peur de plus !
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Le gros poisson citoyen de l’aquarium mondialisé gobe inlassablement les informations qui passent à sa portée.
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Les soixante coups de Gabin vont bientôt sonner à l’horloge : mon ami syndicaliste raccroche. D’un ton las, il évoque ses anciens patrons de la banque, ses collègues, des militants : la routine. Puis se prend à rêver. Ce qui a changé, finalement, c’est qu’au temps de la monstrueuse répression sexuelle dont Dany a guéri l’humanité, les gens, dans la boîte, en parlaient, en parlaient même tellement, et de si drolatique manière, que le futur retraité, bousculé par ses souvenirs, s’en étrangle. Avant d’entrer dans certains bureaux, raconte-t-il, il était indiqué de tousser plusieurs fois. Aujourd’hui, ça bamboche comme pas possible tous les week-ends, mais rien ne filtre jamais. Pas la moindre gaudriole pour dérider les partenaires sociaux. Du Bentham amélioré, chacun contrôle tous les autres. Sale climat, pense le syndicaliste. La dissociation absolue, le rhumatisme unidimensionnel, la castration fondamentale. Si, pour que la beauté surgisse, il faut, comme le croyait Jean Reverdy, que des réalités apparemment sans lien entrent en relation, comment y aurait-il encore beauté, ou vie, ou vérité, quand rien ne rencontre plus rien ?
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Mes bavardages ont distrait bien des gens dans les entreprises ! Je voyais dans leurs yeux s’abattre toutes sortes de barrières. Cette société sans grâce, comme ils la prenaient soudain de haut, au moins jusqu’à la fin de la séance ! Leur hiérarchie, comme ils la foulaient aux pieds jusqu’à la reptation au sol du lendemain ! Parfois mes critiques arrivaient jusqu’à leurs enfants : elles leur seraient utiles pour les concours.
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Le Comité d’entreprise d’une grande banque d’affaires m’a invité à venir parler de Mai 68. Tout a été fait pour que personne ne l’ignore. Dans le gigantesque édifice, archi-luxueux, des affiches partout, des panneaux lumineux sur lesquels défilent, gloire des gloires, des citations tirées du Marché. À deux pas du restaurant d’entreprise, où mille cinq cents salariés finissent leur déjeuner, une salle immense nous a été réservée. Onze personnes s’y présenteront, dont trois organisateurs. Le contraire m’eût étonné, presque embarrassé. Voici la problématique que j’avais choisie. Le pouvoir et la contestation sont maintenant d’accord. Sarkozy veut en finir avec 68 et Cohn-Bendit donne pour titre à son livre Forget 68. Parfait. Mais si les événements ne sont plus qu’une ombre ou un rêve, pourquoi se donner tant de mal pour les exorciser ? Réponse : parce que nous sommes en plein Ionesco. Mai, c’est le cadavre irrépressible d’Amédée ou Comment s’en débarrasser ? Un cadavre plein de vie, qui ne cesse de grandir, et dont les efforts conjugués des anciens adversaires ne viendront pas à bout. Pas plus que les individus, les sociétés ne contrôlent leur mémoire, ni leur oubli. Mai, dans l’arrière-fond de notre conscience, c’est l’instant où la société occidentale flaire sa mort prochaine et, comme elle le peut, hurle son désir de vie. Et ça, c’est peu dire que ce n’est pas terminé : ça commence à peine. Toutes les différences que Daniel Cohn-Bendit peut repérer entre les années soixante et ce début poussif du XXIe siècle n’y changeront rien. La pub vomira ce qu’elle voudra, l’Histoire a une dimension intérieure, une densité, une intensité à laquelle les chroniqueurs à la mode et les politiciens réalistes n’ont pas accès. Pour comprendre 68, il faut changer radicalement de niveau d’intelligence, de niveau de perception, de niveau d’être. Tant que la vie restera, aux yeux des élites, cette minable compétition pour le pouvoir qui rassasie leurs appétits minuscules, aucun de ces regardez-moi n’aura intérêt à parler de cette révolution-là, encore moins à la provoquer. Mais, de tout cela, 68 se fout, le présent idem et l’avenir itou. Qu’on parle encore de Mai dans cinquante ans ou qu’on en ait tout oublié n’a pas la moindre importance. Quelque chose d’irrémédiable a été senti par tous et pensé par quelques-uns : la flèche a atteint son but, la technocratie est ferrée. De 68, quand même ce serait seulement au plus secret des consciences, « la flamme brûle encore et peut se ranimer ». S’il n’en était pas ainsi, les mille quatre cent quatre-vingt-neuf absents n’auraient certainement pas refusé de venir mettre leur brillant grain de sel, une fois de plus, dans un inoffensif dialogue des morts.
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Il y a Point barre, il y a aussi C’est bon. Dans cette illustre librairie de province, les piles de Césaire n’attendent plus que le dernier souffle du grand homme pour monter en ligne. Le téléphone sonne, un responsable décroche. « C’est bon ? demande-t-il avec inquiétude, c’est bon ? ». Puis, à la cantonade, ton de commandement : « Allez. C’est bon ! » C’est ainsi que j’ai appris la mort de ma mère. J’étais allé la voir la veille au soir. Le samedi matin, un employé de la maison de retraite m’a appelé. « Je vous téléphone pour vous dire… Enfin, pour vous prévenir… » Un silence. Et, tout à coup : « Enfin, je veux dire… C’est bon. » Les mots de la tribu moderne classent les événements et archivent les destins à la chaîne ; les cœurs n’en souffrent pas moins. Que voulez-vous, une mort, même s’il est encore convenable de tirer une tête de circonstance, c’est la dernière étape de la production, l’ultime tri sélectif. Au suivant ! Pourtant, pas trop de tristesse. Si je tends la bonne oreille, ou l’oreille incurablement optimiste, il m’arrive de percevoir dans ce C’est bon l’écho déformé du Tout est grâce de Bernanos.
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De temps en temps, merci, un mot qui fait plaisir. En visitant, à Saint-Denis de la Réunion, une belle exposition Odilon Redon, je tombe en arrêt devant le titre que l’artiste a donné à l’un de ses dessins : « Moi, la première conscience du chaos. » Mon cheval et mon royaume pour cette phrase-là ! Oui, c’est comme chaos que je m’éprouve, et quelque chose me dit que je ne suis pas le seul. Non pas un de ces chaos démonstratifs et cabots, comme en vit tant il y a quarante ans, qui disaient la terreur et l’effroi, quand ce n’était pas la sottise. Plutôt un chaos timide, incertain, un chaos désolé d’être là, navré d’encombrer. Un fond de teint, un fond d’écran, un fond d’être. Un chaos qui m’isole et me fait présent malgré moi, entrave et aiguillon, irréductible à tout ce que je peux faire, dire, penser, sentir. Un chaos muet qui gronde. Une nuit plus lumineuse que les clartés du monde qui l’entoure, reflets sinistres de la pire des absences, l’absence de rien.
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L’arête du poisson 68, ce ne sont pas les manifs étudiantes, les slogans, les braillements, les gauchistes, etc. Tout cela grouille de tant de fantasmes et de symboles que le moins doué des historiens y trouve encore aisément de quoi faire son beurre. L’arête, ce sont les grèves ; celle-là va rester durablement plantée dans le gosier de Clio. Comment expliquer un mouvement d’une telle ampleur et d’une telle durée au plus fort de ces années que la gentillesse bien informée de Jean Fourastié imaginait glorieuses ? Alors qu’une croissance, sinon à la chinoise, du moins à l’allemande, témoignait de l’excellente santé économique du pays, une croissance qui, sans doute, ne frustrait guère les riches, mais dont les moins riches, et même les pauvres, n’étaient, ô miracle, nullement exclus ? Alors que les réfrigérateurs et les machines à laver faisaient leur entrée solennelle dans les cuisines, que les téléviseurs commençaient à présider les salles de séjour ? Que toutes sortes de petites voitures toussotaient gaiement sur les routes, et même sur des embryons d’autoroutes ? Pour venir à bout de ce mystère, un historien tirait de sa poche, l’autre jour, deux curieuses hypothèses. Selon la première, les grèves de 68 se situaient dans la continuité des mouvements sociaux des années précédentes. La seconde mettait en avant l’attitude mimétique d’un monde ouvrier fasciné par les révoltes étudiantes. Deux explications absurdes.
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Pour liquider la première, il suffit de se reporter à l’article de Wikipédia sur les grèves en France. Si, en 1963, les grandes grèves des mineurs, spécifiques à une profession qui se savait menacée et probablement condamnée, avaient conduit à enregistrer 6 millions de journées non travaillées, on n’en dénombrait, pour l’ensemble des quatre années suivantes, de 1964 à 1967, que 10,2 millions, soit une moyenne annuelle de 2,5 millions de journées. Pour la seule année 68, en revanche, on a compté 150 millions de journées non travaillées, soit soixante fois plus ! À moins qu’un arrosoir malencontreusement percé par un serpent assoiffé ou myope n’ait provoqué les inondations du Nil, cette première hypothèse campe nettement en deçà de la limite du sérieux.
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La seconde, qui n’en est guère moins éloignée, témoigne d’une méconnaissance des êtres qui me la rend profondément antipathique. Ainsi ces 150 millions de journées seraient dues à la fascination de la classe ouvrière pour des incendiaires de bagnoles, des bourreaux de véhicules au jargon incompréhensible ? Voyons donc ! Avec de telles motivations, ceux des grévistes qui auraient échappé à la matraque policière auraient péri sous les coups du rouleau à pâtisserie conjugal. « Non, mais des fois ! Tu fais grève pour ces morveux, maintenant ? T’es pas bien ? » Durant les dernières émeutes de banlieue, j’ai observé avec amusement, dans un gros village de l’Yonne, les mêmes comportements qui m’avaient frappé, en 68, dans une petite ville de Seine-et-Marne : plus une voiture ne couchait dehors. Entraide générale contre les barbares ! Les moteurs et les carrosseries d’abord ! Gare qui peut ! En 68, elles représentaient déjà tant, ces caisses, pour les familles ouvrières ! À tort, je veux bien, mais accroche-t-on toujours ses rêves où l’on veut ? La petite ville où j’habitais était le siège d’une grosse usine Jeumont-Schneider. Ce nom était un test d’appartenance sociale : les ouvriers prononçaient Schnéderre, les bourgeois et les gens dans le coup Schneidre. Je disais Jeumont. Je connaissais bien les syndicalistes de cette usine, et notamment le secrétaire de la CGT, Jean Audin, qui participa à la rédaction du fameux Programme commun. Nous parlions beaucoup. J’admirais sa lucidité sur les étudiants. Leur bavardage l’amusait, l’agaçait souvent, le fâchait parfois. J’aimais sa manière comique de décrire leurs tribulations trotsko-érotiques. Mais il m’expliquait surtout ses copains de l’usine. Non, vraiment, ils ne tenaient pas à ressembler à ces ostrogoths. Mieux valait d’ailleurs pour eux ne pas se pointer dans l’usine en grève : il y aurait de la fessée dans l’air. N’empêche, les copains réfléchissaient, les copines aussi, beaucoup. Dans quelques années, certains de leurs enfants pourraient se retrouver dans la même situation : il fallait quand même faire un effort pour comprendre ce que les gamins du quartier Latin avaient dans la caboche. C’était un solitaire, Jean Audin, quand il ne haranguait pas ses troupes. Je n’ai jamais rencontré personne qui fût aussi libre de tous les préjugés possibles, les siens, ceux du groupe, de la classe, du clan, de la tribu. Son détachement tranquille et ironique conférait à sa simplicité une hauteur admirable. Il montrait aux ouvriers de Jeumont que ces étudiants illuminés avaient touché, presque malgré eux, quelque chose d’essentiel. Les copains s’en doutaient, d’ailleurs, mais hésitaient à le reconnaître. Ces petits bourgeois prétentieux qui voulaient tout leur apprendre, et même l’amour, ils avaient toutes les raisons de les détester. L’exact contraire d’une fascination, d’un mimétisme : plus ils s’éprouvaient différents des étudiants, plus la conscience de cette différence, les laissant seuls avec eux-mêmes, les obligeait à regarder comme jamais le monde, l’avenir, la vie, leur vie.
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Mai a été un dévoilement et, pour beaucoup, un déniaisement. On a vu ce qu’on ne voulait pas voir. Des événements finalement très limités se sont, pour ainsi dire, échappés d’eux-mêmes, se sont mis à parler de ce qui n’était pas eux. Le filigrane est monté à la surface du papier, s’est fait texte. Cette banale révolte d’étudiants a parlé à chacun de son existence propre et de l’existence humaine. Le monde était toujours le monde, les autres toujours les autres ; pourtant, un court instant, on a hésité à les identifier, on a tissé avec eux, malgré soi, un rapport étrange. Les autres étaient vivants, vraiment vivants, presque trop vivants parfois et, par là, inquiétants. L’absolu s’invitait dans le quotidien, l’aspirait, le révélait. On se sentait chargé d’une pesanteur légère, d’une antériorité retrouvée. Chacun s’éprouvait proche des autres, mais entièrement distinct : ce sentiment trop violent, trop élaboré, semait la panique dans le cœur et l’esprit des jeunes. Impossible, dans tout cela, de « démêler le tien du mien » ! Personne, jamais, n’aurait les clefs de soi-même, mais l’évidence de cette impossibilité, la toute présence d’autrui, loin de fondre les consciences dans je ne sais quelle tisane de théoricien, éveillait en chacun le sentiment presque sauvage d’être quelqu’un, inexplicablement quelqu’un. Quelqu’un avec, quelqu’un pour, mais quelqu’un. Une contingence historique banale avait à ce point épousé le désir secret de chacun que le dialogue avec le monde était devenu, pour un temps, débat avec soi-même. Ce printemps n’a pas duré, bien sûr. Mais il a vraiment existé. Il n’était fait que d’existence : il ne peut mourir. Retour du refoulé ? Dialectique berquienne du fondamental et de l’historique ? Ou, dans le langage de Péguy, du mystique et du politique ? Surgissement transcendantal ?
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De Gaulle, en tout cas, avait compris. La visite à Massu, la vacance du pouvoir durant quelques heures, c’est l’instant où l’historique se heurte au fondamental et, forcément, décroche. C’est le déchirement, le trou noir ; mort et renaissance, l’empereur de Chine descend aux enfers. D’un côté, la politique ; de l’autre, le sens : soudain, la jonction est impossible. David Rousset m’a raconté à l’époque qu’il avait parlé de la jeunesse avec le Général, de la fascination qu’exerçait sur elle Che Guevara. « Si j’avais leur âge, avait répondu De Gaulle, je ferais comme eux… » Croyait-il encore à sa politique, à son langage ? Il lui restait la mauvaise humeur, affecter de voir un monôme dans la révolte étudiante. Sans doute rêvait-il d’écart, de distance. Sa page d’histoire était écrite. Le voyage d’Irlande, la solitude. Il était arrivé quelque chose…
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Quelque chose ? Ouverture serait le mot. Mais qu’est-ce aujourd’hui ? S’aérer la cervelle ? S’obliger à écouter gentiment ses petits camarades pour mieux leur river leur clou ? Faire du pied aux plus impatients, aux plus fragiles pour les rallier à sa cause et à ses intérêts ? Bavardage. Petite bière sans alcool, sans houblon et sans eau. Pâtée pour consultants. Ouverture est à prendre au sens chirurgical : organes qui saignent et palpitent. Pour quelques jours, en 68, le corps social est sur le billard. Dans son amour réparateur, le grand Chirurgien l’a décidé : « On ouvre ! » Et tout est à nu : on est nu avec soi-même, avec les autres, avec le monde. Absolu et sens. Prendre sens, s’il vous plaît, dans ses deux sens, le sens et les sens, qui sont en relation vectorielle. Car la logique des sens exige par elle-même un sens, elle l’appelle ; juste le contraire d’une morale parachutée, contraignante ou permissive, dans les deux cas aliénante. Ce mot Ouverture, bien sûr, rameute des fantasmes de mort et de guérison. Il ne faut pourtant pas se laisser prendre à la métaphore. Le passage sur le billard n’est pas la préparation à la guérison : c’est la guérison elle-même. L’Ouverture n’est pas l’acte de chirurgie esthétique, ou culturelle, ou sociale, ou politique, ou morale, qui remettrait le train sur les rails, les pendules à l’heure, les compteurs à zéro. C’est la vie elle-même. Non pas le moyen, le but ; plus exactement, le but dans le moyen, le moyen reconnaissant et engendrant le but. Vivre, c’est se laisser opérer, se laisser ouvrir. Car l’Ouvert a les propriétés d’une personne : « Ami, viens à l’Ouvert. » Une personne comme vous et moi qu’on jettera dans la terre mais qu’on n’enterrera pas dans le temps.
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Nous ne cessons d’aspirer à une Ouverture à laquelle, pourtant, nous ne consentons pas. Plus qu’à la prunelle de nos yeux, nous tenons à quelque domaine réservé, et peu importe si nos vices l’ont construit, ou nos vertus, ou nos points de vue, ou nos manies. Nous voulons, avant tout, savoir qui nous sommes ; nous entendons disposer d’une identité dont le miroir puisse nous renvoyer une image acceptable, à peu près cohérente. C’est cela vouloir être un acteur, et c’est dérisoire. Quand l’Ouverture nous sollicite, nous comprenons même que c’est parfaitement humiliant ; le supposé acteur est un histrion juste capable de jouer des pannes. En 68, ce n’est pas un individu ou une série d’individus qui se trouvent soudain en présence de l’Ouvert, c’est une société tout entière. Comment cette intrusion ne réveillerait-elle pas, comme autant de répliques au séisme qu’elle provoque, toutes les formes possibles de fermeture ? Ce fut cela, Mai. Chacun l’épousa dans son langage et chacun, pourtant, le répudia. Mais ce durable rejet – tout le monde le sent et personne ne veut le savoir – n’est rien d’autre que la continuation de l’Opération. Mai, c’est chacun de nous et nous tous ensemble en tant que nous refusons, avant toute forme politique particulière qu’il a prise ou qu’il prendra, l’esprit même de la décivilisation occidentale.
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Chacun voulait ouvrir, et chacun fermait. Chacun songeait ouverture et pensait, parlait, agissait fermeture. Les plus drôles, les plus enfantins furent incontestablement les communistes et la CGT. Dans leurs instances dirigeantes, les Jean Audin n’étaient pas légion. J’avais tort de le lui rappeler : il le savait tellement ! Le matérialisme du Parti, dialectique ou non, le mettait hors jeu, voilà tout ; l’air de l’Ouverture l’étouffait. Plus gros, plus encombré, plus cadenassé, il souffrait plus que les autres. Sans être forcément pire. Car les maos, les trotskistes, les situationnistes, les anars, les libertaires, les ceci et les cela, et même les militants du sexe, sans compter les innombrables défenseurs de toutes les causes légitimes de la terre, y compris peut-être – ô cher Maurice Clavel ! – ceux qui systématisaient un peu trop la transcendance, ne faisaient pas autrement : tout le monde voulait ouvrir et tout le monde fermait.
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Patrick Poivre d’Arvor parle de traversée du désert. Comme je le comprends ! Vingt ans à TF1, ça doit donner soif !
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1955, durant le pèlerinage de Terre sainte avec le Centre Richelieu. Nous passions au large de l’Acropole. Je regardais la mer en compagnie du jeune abbé Lustiger, mon aîné de sept ans, jour pour jour. Je me suis soudain entendu lui proposer d’aller un jour, tous les deux, plastiquer le Parthénon. Il m’a regardé avec intensité et m’a répondu qu’on ne lui avait jamais fait un plus grand plaisir. Provocation de jeunes gens, mais non dépourvue de sens. J’ai eu la sottise de faire confidence de cet échange à de beaux esprits élégamment humanistes, fournissant ainsi à leur fétichisme, bien inutilement, une inépuisable réserve d’indignation. Lulu, lui, comprenait. C’était un cri de rage et de détresse, un avertissement aussi : l’humain fermé sur lui-même, avec ses valeurs, sa morale, ses projets, sa beauté, ça pourrit vite, même sublime, et ça crève sec, surtout parfait. D’une belle mort, peut-être, mais il n’y a pas de belle mort. Toute ma vie, j’aurai pensé à Lustiger, avec autant de respect que de colère, dans une telle ambiguïté que je n’ai jamais imaginé pouvoir renouer avec lui. Je sentais dans sa façon de défendre le christianisme une fermeture plus effrayante encore que celle du Parthénon. Nous étions d’accord sur la transcendance, mais nous ne pensions pas à la même. Sa magnifique construction spirituelle et intellectuelle manquait, à mes yeux, de chair, de vérisme. Clavel voyait plus juste avec son idée d’autotranscendance humaine. Je me sentais à la fois si proche et si éloigné de Lustiger ! Ainsi vont peut-être les vraies relations.
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La société, c’est le collage, ou la réduplication, ou l’amplification de ce qui travaille et tourmente nos existences. Cette évidence majeure émerge en 68 de façon irrépressible. Vingt ans auparavant, en 1948, alors que la reconstruction du pays et le progrès de l’économie, sans oublier divers règlements de comptes, occupent tous les crânes, Jacques Ellul, dans un texte intitulé Présence au monde moderne, écrit ceci : « Ce n’est pas en s’attaquant directement [aux structures], en essayant de faire des modifications spectaculaires, en voulant reconstruire un monde de toute pièce que l’on peut arriver à un résultat. La seule attaque efficace contre les structures, c’est d’arriver à leur échapper, d’arriver à vivre en marge de cette société totalitaire, non pas en la refusant simplement, mais en la passant au crible. » 1948, dis-je ! En finira-t-on un jour avec le fétichisme de 68 ? Mai désigne la liberté et l’idiot regarde Mai. Ellul, lui, avait vu juste. On n’arrêtera pas le bulldozer technique. Il n’est pas susceptible d’être moralisé. Il donne une forme et une puissance nouvelles aux vieux démons de l’humanité, il en fait des valeurs. Il est, avec l’État et la production, « le nœud de la véritable religion moderne, la religion du fait acquis – religion de qui dépendent les religions inférieures du dollar, de la race ou du prolétariat, qui ne sont que des expressions de la grande divinité moderne, le Fait-Moloch. »
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Nous voulons ouvrir, et nous fermons. Ce que nous appelons civilisation est maintenant un rempart contre l’Ouvert. Seule nouvelle importante : ce rempart se fissure. Les enjeux se simplifient. De l’insignifiance triomphante, du dégoût et de la fatigue qu’elle engendre, peut naître une simplicité inouïe, primordiale, absolument moderne. Qu’espérer d’autre, que choisir d’autre ? Mourir dans un désespoir convivial, la langue fourchue, après quelques décennies d’insincérité, de précautions lugubres, de victoires lamentables ? Il est vrai que la béance de l’Ouvert nous est presque insupportable et qu’il est difficile d’échapper à la tentation de la combler. En un sens, personne n’y parvient jamais. Pourtant, s’engager dans cette aventure, même si l’on s’y perd, c’est se trouver, et le monde avec soi. Au hasard de mes lectures, ou de celles de mes proches, j’observe le pas de deux que les meilleurs esprits dansent avec l’Ouvert. Ils le désirent, ils le fuient. Ainsi ce magnifique Jacques Ellul qui, à trente-cinq ans, a compris son temps comme presque personne et qui, soudain, dans le texte dont je viens de parler, sort de sa boîte un Saint-Esprit auquel on peut certes croire ou ne pas croire, mais dont l’arrivée inopinée dans le paysage désolé du siècle évoque soudain une péripétie de théâtre de boulevard. Ainsi le grand Aimé Césaire, dont on me fait remarquer que le Discours sur le colonialisme comporte non pas une, mais deux conclusions. La première, conclusion selon l’Ouvert, dont Daryush Shayegan reprendra l’esprit, est invitation : il faut que l’Europe « galvanise les cultures moribondes et suscite les cultures nouvelles », qu’elle se fasse « réveilleuse de patries et de civilisations ». La seconde, conclusion selon le deus ex machina marxiste, exalte de façon navrante « la prépondérance de la seule classe qui ait encore mission universelle […] : le prolétariat. » Loin de moi d’ironiser sur Ellul et Césaire ! Mais ces géants ne sont pas des surhommes ; c’est aussi par leurs faiblesses qu’ils nous touchent et nous instruisent. Comme l’homme moderne a peur du grand écart ! Qu’il est habile à l’éviter ! Qu’il est rapide à se débarrasser des questions qui le troublent, à jeter à ses inquiétudes des réponses toutes faites, à s’annexer Dieu, l’Histoire, la vérité ! Comme il revient vite aux débats rassurants, aux indignations numérotées ! Sent-il à quel point cette attitude est meurtrière ? Et de quoi il se prive quand il chasse le trouble fécond qui est le socle de son intelligence, le foyer de sa sensibilité, l’énergie de son amour ?
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Le livre d’Ellul et celui de Césaire ont, l’un et l’autre, plus de cinquante ans. Ce qui a changé, c’est que nous sommes un peu plus méfiants avec les formulations imposées. Non que nous soyons devenus plus sages : la propagande nous a mithridatisés. Quand nous cherchons encore les solutions à nos maux dans des formules, des idées, des principes, nous savons, au fond de nous, que c’est en pure perte. La quête des solutions, ou des issues, est une pharmacopée inutile, souvent ridicule, parfois cruelle, toujours sotte. Dans son Traité du Style, Aragon l’avait déjà expédiée en enfer : « Nos hannetons, je veux dire nos ablettes, se croient dans ce qu’ils appellent un cul-de-sac et cherchent ce qu’ils appellent une issue. Issue à quoi, c’est ce que l’on se demande. Ce sont les possédés du mot impasse. » Impasse ? Quelle impasse ? Quel gendarme a installé ce panneau ? Sur l’ordre de qui ? Il n’y a pas d’impasse humaine. Toute âme humaine loge dans un château. Assiégée, elle peut s’enfuir par l’intérieur. Elle dispose pour cela d’un fabuleux réseau de galeries, de souterrains, de détours, de caches, de subterfuges. Ceux qui nous aident à explorer nos fondations, donc à accepter l’idée que nous sommes fondés, sont nos amis ; ceux qui nous en détournent, nos ennemis. Point barre.
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Ne pas trop lire, et seulement les livres qui protègent la béance.
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Au gré du vent, les feuilles d’un arbre de Judée habillent et déshabillent les tuiles de la maison d’en face. Je ne suis pas spécialement gai aujourd’hui. Becoming. Ça me va.
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Du très beau roman de Luis Sepúlveda, Le vieux qui lisait des romans d’amour, cette phrase pour les moments difficiles : « Il laissa toutes ses pensées s’apaiser comme les cailloux lorsqu’ils touchent le fond du fleuve. »
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Qu’importe d’avoir brisé le fil de tes idées
Si tu portes en toi le ciel de ton enfance
Aragon
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Vous n’aimez pas l’Europe qu’on vous propose ? De deux choses l’une. Ou bien on ne vous a pas suffisamment expliqué ses mérites. Entendez par là que vous êtes un imbécile. Ou bien on ne s’est pas mis à votre place, on n’a pas tenu compte de votre mal de vivre, on n’a pas assez dorloté votre « quotidien ». Entendez par là que vous êtes un débile léger. Mais voyez l’humilité du pouvoir ! Tout est de sa faute. Si vous pensez mal, c’est qu’il s’y est mal pris. Ainsi procède Clamence, le juge-pénitent de La chute : s’accuser pour mieux accuser. Pourquoi ? Parce que « quand nous serons tous coupables, ce sera la démocratie. »
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D’accord, certains supporters du PSG méritent d’être grondés. Mais la plupart de ces gracieux gentlemen, que demandent-ils donc à leurs champions chéris ? Des résultats. Quoi de plus naturel ? La culture des résultats, n’est-ce pas notre credo officiel ?
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À ceux qui protestent contre les mesures de contrôle d’Internet que le gouvernement compte prendre, la ministre de la Culture rétorque, copiant-collant ainsi une bonne demi-douzaine de ses collègues, qu’il ne s’agit nullement d’un flicage, mais d’une mesure de responsabilisation. Décidément, je n’ai pas le cuir assez dur. Voilà quarante ans que je vois tout ce qui dispose d’un pouvoir, réel ou supposé, considérable ou minuscule, se mettre en tête de responsabiliser les gens. Et je ne m’habitue pas ? Et quelque chose me souffle toujours qu’il y a de l’insulte là-dedans ? Qu’une réponse académique n’est pas, pour parler comme Bush, appropriée ? Je pourrais, si cela relevait de mes fonctions et s’ils le méritaient, faire cracher mes semblables au bassinet ou les précipiter au fond d’une geôle ; je ne pourrais pas, sans me sentir minable, me prendre pour leur professeur de responsabilité. Je n’oserais pas les regarder en face, je ne me sentirais plus partager avec eux notre condition précaire et ambiguë, je n’en tirerais plus de consolation. « Mesdames, Messieurs, je vais vous responsabiliser. » Je me vois d’ici. La honte !
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Plus vite, le TGV, plus vite ! En face de nous, un couple de la trentaine, tous deux farcis d’écouteurs et de jeux électroniques. Trois heures de voyage, ils ne se diront pas un mot. Pas de doute, ils sont ensemble : deux ou trois fois, elle s’est penchée vers lui et a boutiqué quelque chose dans son oreillette. À gauche, un couple et deux enfants remuants. La peine que se donnent ces gens vous arracherait des larmes. Double peine en vérité : tenir tête aux petits monstres et faire savoir aux voyageurs qu’ils sont des parents modèles. Et démocratiques. Le plus petit pleurniche pour que papa ouvre la fenêtre. Bref conciliabule de papa avec maman, puis de maman avec le grand frère. Elle peut alors communiquer au wagon le résultat de la consultation : trois voix contre une, la fenêtre restera fermée.
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Les Neuilléens habitent Neuilly : c’est tout naturel. Ils votent à droite : c’est leur affaire. Ils sont riches : chacun son destin. Ils enferment un gamin dans la démesure de son père : ça, non.

(18 juin 2008)