Quelques pensées de Vladimir Jankélévitch tirées de l’ouvrage de Guy Suarès “Vladimir Jankélévitch Qui suis-je ?” (La Manufacture, Lyon, 1986) :

Sur le silence : « Il y a deux mots russes pour désigner le silence. Il y a le silence accablant, le silence pesant : “moltchanie” dans lequel il n’y a pas de profondeur. Et il y a le silence qui est “tichina”, dans lequel il y a la tranquillité, le calme, la richesse infinie. C’est l’opposition de l’amour et de la mort que j’appelle souvent celle de l’ineffable et de l’indicible. L’amour est ineffable et la mort est indicible. »

Sur la mort : « La mort est-elle une fin qui se prépare ? Non, elle ne se prépare pas. C’est une erreur que de le croire. Il faut distinguer le calendrier de la vérité du présent. Sur le calendrier, plus vous vieillissez et plus vous vous en approchez, n’est-ce pas ? C’est comme lorsque vous prenez le train pour Rouen. Au fur et à mesure que le train avance, vous vous rapprochez de Rouen, sur le calendrier. Mais pour vous, à l’intérieur de vous-même, vous êtes dans un présent perpétuel, vous êtes dans l’éternité. Et vous ne vous rapprochez pas de la mort. À aucun moment. Et c’est pourquoi celui qui au dernier moment meurt, meurt subitement. Toute mort est une mort subite. Je ne sais pas si un médecin accepterait cela. Mais je crois que toute mort, quelle qu’elle soit, est une mort subite. Même la mort d’un vieillard de quatre-vingt-quinze ans. Parce qu’il faut toujours un dernier accident pour qu’il meure, n’est-ce pas ? Il pourrait mourir le lendemain, il pourrait mourir l’année prochaine, il n’est jamais absurde qu’un profond vieillard vive une année de plus ! Il pourrait toujours être prolongé. Mais je pense que mourir de vieillesse est une façon de parler. Parce que celui qui meurt de vieillesse meurt quand même parce qu’un petit vaisseau a craqué quelque part. Il y a toujours un petit accident. »

Sur la liberté : « Le centre de la liberté, ce qui fait que l’homme est libre de toute chose et même de soi tient à ce qu’il est toujours au-delà, toujours autre. Dès que vous avez trouvé l’élément dont dépend votre liberté, qui la constitue, vous vous apercevez que vous êtes aliéné. D’homme libre, vous devenez serf. Car la liberté n’est ni ceci, ni cela, mais elle est toujours au-delà. »

Guy Suarès résume ainsi la pensée de Jankélévitch sur les droits et les devoirs : « Les droits ne sont rien d’autre qu’”un plus qui est un moins” et les devoirs “un moins qui est un plus”. Le risque est de voir les droits se métamorphoser en pouvoirs, “en avoir statique, inerte et desséché comme tout avoir”. Il en est de même d’une vertu qui s’isolerait des autres vertus. Cette vertu esseulée ne serait plus qu’un vice. Il en est de même de la vérité d’un droit qui, dès l’instant qu’elle s’écarterait du devoir, ne serait plus que mensonge. »

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La section Points chauds a été augmentée le 16 novembre 2020

 

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